L’intelligence artificielle redéfinit à grande vitesse les règles du monde professionnel. Une nouvelle étude d’IDC, réalisée pour Deel, montre que deux organisations sur trois réduisent leurs recrutements de profils débutants, tandis que 91% constatent déjà l’évolution ou la disparition de certaines fonctions sous l’effet de l’IA. Le phénomène est clair : les opportunités d’entrée se font plus rares, les écarts de compétences se creusent et il devient de plus en plus difficile de préparer la nouvelle génération de dirigeants.
Tout n’est pourtant pas sombre. Les entreprises réagissent rapidement : 67% investissent désormais dans des formations en IA pour renforcer les compétences internes et préparer leurs équipes à l’évolution des métiers. Celles qui misent aujourd’hui sur la reconversion, la refonte des rôles et de nouveaux parcours de croissance seront les mieux placées pour prospérer dans une économie où l’automatisation devient la norme. Le nouvel IDC InfoBrief « AI at Work: The Role of AI in the Global Workforce », fondé sur les réponses de 5 500 dirigeants dans 22 pays, montre comment les organisations peuvent orienter cette transformation en alliant technologie et développement humain.
Selon Nick Catino, Global Head of Policy chez Deel, l’IA n’appartient plus à l’avenir : elle s’impose déjà comme un moteur essentiel du fonctionnement des entreprises. En prenant en charge un volume croissant de tâches répétitives ou intensives en données, elle déplace les rôles humains vers la supervision stratégique, la gestion de l’IA et la résolution créative de problèmes. Mais cette évolution met aussi sous pression le développement des talents : avec moins de postes débutants, les moments d’apprentissage se raréfient et les trajectoires de leadership deviennent plus difficiles à construire.
L’impact varie fortement selon les régions. Là où la Nouvelle-Zélande, l’Argentine ou les États-Unis signalent les taux les plus élevés de suppression de postes liée à l’IA, la Chine mise davantage sur la refonte des rôles, soutenue par d’ambitieux programmes de reconversion nationaux. À l’échelle mondiale, l’investissement en formation progresse, même si les entreprises se heurtent à un manque d’engagement des collaborateurs, à des contraintes budgétaires et à une pénurie de formateurs qualifiés. Dans de nombreux cas, la responsabilité de ces programmes reste floue, ce qui fragilise leur efficacité.
Autre évolution notable : les diplômes universitaires perdent de leur importance. Pour les postes débutants, les organisations privilégient désormais les compétences pratiques et immédiatement mobilisables, comme les certifications techniques, la pensée critique ou la communication efficace. Les jeunes talents doivent maîtriser les outils d’IA dès leur arrivée, tout en apportant agilité, curiosité et créativité — des qualités devenues essentielles dans un contexte où l’apprentissage permanent prime sur les titres académiques.
L’essor de l’IA s’accompagne également de nouveaux défis. Près de la moitié des entreprises affirment que des systèmes IT obsolètes ralentissent l’intégration de l’IA et 43% manquent de spécialistes capables de porter ces projets. Pour attirer ces profils rares, les organisations n’hésitent plus à offrir des rémunérations nettement supérieures, ainsi qu’un accès à des technologies avancées et à des parcours de carrière plus attractifs.
La gouvernance constitue, elle aussi, un point faible. Peu d’entreprises disposent d’une connaissance solide des réglementations locales en matière d’IA et les directives internes restent insuffisantes. Cette absence de cadre clair accroît les risques en matière d’éthique et de conformité et freine l’adoption sereine de la technologie.
Pour le Dr Chris Marshall, Vice President for AI in Asia Pacific chez IDC, la réussite passera par un équilibre entre automatisation et vision humaine. Les entreprises qui investiront dans la formation, dans de nouvelles voies d’entrée et dans une gouvernance responsable de l’IA seront celles qui tireront pleinement parti de la transformation en cours — et qui resteront en tête dans un marché du travail en mutation accélérée.


